COP30 : Cinq enseignements clés d’un sommet climatique profondément divisé

En trois décennies de ces réunions internationales visant à forger un consensus mondial sur la manière de prévenir et de gérer le réchauffement climatique, celle-ci restera parmi les plus conflictuelles de l’histoire des Conférences des Parties.

De nombreux pays étaient furieux lorsque la COP30 à Belém, au Brésil, s’est achevée samedi 22 novembre 2025 sans aucune mention des énergies fossiles qui ont réchauffé l’atmosphère. D’autres nations (en particulier celles qui profitent le plus de leur production) se sont senties justifiées dans leur position.

Ce sommet sur le changement climatique a constitué un rappel brutal : le consensus international se dégrade sur les actions à mener face à l’urgence climatique. Dix ans après l’Accord de Paris, la communauté internationale peine à maintenir son unité face aux tensions géopolitiques croissantes.

Voici cinq enseignements majeurs de ce que certains ont appelé la « COP de vérité ».

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1) Brésil : une présidence décevante malgré les efforts

Commençons par la bonne nouvelle : le « navire climatique » reste à flot et le multilatéralisme n’a pas sombré.

Mais de nombreux participants sont mécontents de ne pas avoir obtenu ce qu’ils espéraient, loin de là.

Et malgré une grande sympathie pour le Brésil et son président Luiz Inácio Lula da Silva, la frustration est palpable quant à la manière dont la présidence brésilienne a conduit cette conférence.

Dès le départ, un fossé est apparu entre ce que le président Lula souhaitait réaliser et ce qu’André Corrêa do Lago, président de la COP30, jugeait possible.

Lula a ainsi évoqué des feuilles de route pour sortir des énergies fossiles devant la poignée de chefs d’État et de gouvernement présents à Belém avant le début officiel de la conférence.

L’idée a été reprise par plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et la France, et en quelques jours, une campagne s’est organisée pour inscrire formellement cette feuille de route dans les négociations.

Corrêa do Lago n’était pas enthousiaste. Son objectif prioritaire était le consensus. Il savait que forcer l’inscription de la question des énergies fossiles à l’ordre du jour briserait cette recherche d’unanimité.

Alors que le texte initial comportait des références vagues à ce qui ressemblait à une feuille de route, elles ont disparu en quelques jours, pour ne jamais revenir.

La Colombie, l’Union européenne et environ 80 pays ont tenté de trouver une formulation qui signalerait une sortie progressive renforcée du charbon, du pétrole et du gaz.

Pour trouver un consensus, Corrêa do Lago a convoqué un mutirão, une forme de discussion collective à la brésilienne inspirée de la tradition d’entraide communautaire.

Cela n’a fait qu’empirer les choses.

Les négociateurs des pays arabes ont refusé de participer aux discussions avec ceux qui voulaient une voie de sortie des énergies fossiles.

L’Union européenne s’est heurtée à un mur de la part des grands pays producteurs.

« Nous élaborons notre politique énergétique dans notre capitale, pas dans la vôtre », a déclaré le délégué saoudien aux Européens lors d’une réunion à huis clos, selon un observateur.

Un camouflet diplomatique !

Rien n’a pu combler le fossé, et les négociations ont vacillé au bord de l’effondrement.

Le Brésil a alors proposé une solution de sauvetage : des feuilles de route sur la déforestation et les énergies fossiles qui existeraient en dehors du cadre officiel de la COP.

Ces initiatives ont été chaleureusement applaudies dans les salles plénières. Mais leur statut juridique reste incertain, ce qui limite considérablement leur portée.

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2) L’Union européenne dans une position affaiblie

Les États membres de l’UE constituent le groupe le plus riche encore engagé dans l’Accord de Paris, mais cette COP30 n’a pas été leur meilleur moment.

Alors qu’ils plaidaient publiquement pour une feuille de route sur les énergies fossiles, les Européens se sont enfermés dans une impasse sur un autre aspect de l’accord dont ils n’ont finalement pas pu sortir.

L’idée de tripler les financements pour l’adaptation climatique figurait dans le texte initial et a survécu jusqu’au projet final.

La formulation était vague, de sorte que l’UE ne s’y est pas opposée. Mais le terme « triplement » est resté dans le texte, et c’est là que le bât blesse.

Résultat ? Lorsque l’Union européenne a tenté de faire pression sur les pays en développement pour qu’ils soutiennent une feuille de route sur les énergies fossiles, elle n’avait rien à offrir en contrepartie. Le concept de triplement était déjà acquis dans les négociations.

« Globalement, nous assistons à un affaiblissement de l’Union européenne », a déclaré Li Shuo, du think tank Asia Society, observateur de longue date de la diplomatie climatique.

« Cela reflète en partie le basculement des rapports de force dans le monde réel, la montée en puissance des pays BASIC et des BRICS, et le déclin relatif de l’Union européenne. »

L’UE a protesté vigoureusement, mais à part reporter le triplement du financement de 2030 à 2035, elle a dû accepter l’accord. Elle a obtenu très peu sur le front des énergies fossiles, malgré ses efforts diplomatiques soutenus.

Pour la France, membre actif de l’UE, cette COP30 illustre les difficultés croissantes à faire avancer l’ambition climatique dans un contexte géopolitique tendu, où les États-Unis se sont retirés et où les pays émergents défendent fermement leurs intérêts énergétiques.

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3) L’avenir des COP remis en question

La question la plus persistante posée durant ces deux semaines à Belém concernait l’avenir même du « processus » des Conférences des Parties.

Deux critiques revenaient sans cesse :

Quelle aberration de faire voyager des milliers de personnes à l’autre bout du monde pour les installer dans des tentes géantes climatisées afin de débattre de virgules et d’interprétations de formulations alambiquées ?

Quel non-sens que les discussions essentielles sur l’avenir même de notre système énergétique se déroulent à 3 heures du matin entre des délégués privés de sommeil qui ne sont pas rentrés chez eux depuis des semaines ?

Le concept de COP a bien servi le monde en permettant l’adoption de l’Accord de Paris. Mais c’était il y a dix ans, et de nombreux participants estiment qu’il n’a plus d’objectif clair et puissant.

« Nous ne pouvons pas l’abandonner complètement », a déclaré Harjeet Singh, militant de la Fossil Fuel Treaty Initiative, une ONG qui milite pour un traité international de non-prolifération des combustibles fossiles.

« Mais il nécessite une refonte profonde. Nous aurons besoin de processus parallèles à ce système pour compléter ce qui a été accompli jusqu’à présent. »

Les coûts énergétiques et les questions légitimes sur la manière dont les pays atteignent la neutralité carbone n’ont jamais été aussi critiques. Pourtant, le format actuel des COP semble très éloigné de la vie quotidienne de milliards de personnes.

Il s’agit d’un processus de consensus hérité d’une autre époque. Nous ne sommes plus dans ce monde.

Le Brésil a reconnu certains de ces problèmes et a tenté d’en faire une « COP de la mise en œuvre » en mettant l’accent sur « l’agenda énergétique ». Mais personne ne sait vraiment ce que ces concepts signifiaient concrètement.

Les responsables des COP lisent la situation : ils tentent de trouver une nouvelle approche nécessaire, sans quoi cette conférence perdra toute pertinence pour l’action climatique mondiale.

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4) Le commerce international s’invite dans les négociations climatiques

Pour la première fois, le commerce mondial est devenu l’un des sujets majeurs de ces discussions climatiques. Il y a eu un effort « orchestré » pour l’évoquer dans chaque salle de négociation, selon Alden Meyer, observateur chevronné des COP et membre du think tank E3G.

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« Quel rapport avec le changement climatique ? » vous demandez-vous probablement.

La réponse réside dans le fait que l’Union européenne prévoit d’introduire un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur certains produits à forte intensité carbone comme l’acier, les engrais, le ciment et l’aluminium. Et de nombreux partenaires commerciaux (notamment la Chine, l’Inde et l’Arabie saoudite) sont mécontents.

Ils affirment qu’il est injuste pour un grand bloc commercial d’imposer ce qu’ils qualifient de mesure unilatérale, car elle rendra les biens qu’ils exportent vers l’Europe plus chers, et donc moins compétitifs.

Les Européens rétorquent que c’est faux. Cette mesure ne vise pas à étouffer le commerce mais à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à lutter contre le changement climatique. Ils facturent déjà à leurs propres producteurs une taxe sur les émissions qu’ils génèrent, et la taxe aux frontières sert simplement à protéger leur industrie contre les importations moins respectueuses de l’environnement mais moins chères.

Le message des Européens aux pays tiers ? Si vous ne voulez pas payer notre taxe carbone aux frontières, facturez simplement des droits d’émission à vos industries polluantes et collectez l’argent vous-mêmes.

Les économistes apprécient cette idée, car plus il est coûteux de polluer, plus nous sommes tous susceptibles de passer à des alternatives énergétiques propres. Bien sûr, cela signifie aussi que nous paierons davantage pour tous les produits que nous achetons contenant des matériaux polluants.

La question a été résolue à Belém avec un compromis typique des COP : en repoussant les discussions à de futures négociations. L’accord final a lancé un dialogue permanent sur le commerce lors des futures conférences onusiennes, impliquant les gouvernements ainsi que d’autres acteurs comme l’Organisation mondiale du commerce.

Pour la France et l’UE, ce MACF reste un outil essentiel de leur stratégie climatique, malgré les résistances internationales qu’il suscite.

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5) Trump gagne en restant absent, la Chine en restant discrète

Les deux plus grands émetteurs de carbone au monde, la Chine et les États-Unis, ont eu des impacts similaires sur cette COP30, mais les ont obtenus de manières très différentes.

Le président américain Donald Trump est resté absent, mais sa position a enhardi ses alliés sur place.

La Russie, habituellement un participant relativement discret, a été à l’avant-garde du blocage des feuilles de route. Et tandis que l’Arabie saoudite et d’autres grands producteurs de pétrole étaient prévisiblement hostiles à la limitation des énergies fossiles, la Chine est restée silencieuse et s’est concentrée sur la conclusion d’accords commerciaux.

Et au final, disent les experts, les affaires que fait la Chine surpasseront les efforts des États-Unis pour vendre des combustibles fossiles.

« La Chine a maintenu un profil politique bas », explique Li Shuo de l’Asia Society.

« Et elle s’est concentrée sur les opportunités économiques dans le monde réel. »

« Le solaire est devenu la source d’énergie la moins chère, et l’orientation à long terme est très claire : la Chine domine ce secteur, ce qui place les États-Unis dans une position très difficile. »

Cette dynamique révèle un basculement géopolitique majeur : alors que les États-Unis contestent le multilatéralisme climatique, la Chine s’impose comme le leader technologique de la transition énergétique, sans avoir besoin de tenir de grands discours diplomatiques.

Pour l’Union européenne et la France, ce double défi (retrait américain et montée chinoise) complique considérablement la gouvernance climatique mondiale et nécessite de repenser les alliances et les stratégies d’influence.

À propos de la COP30 : La 30e Conférence des Parties (COP30) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques s’est tenue du 10 au 22 novembre 2025 à Belém, dans l’État du Pará au Brésil, au cœur de l’Amazonie. Elle a réuni 189 pays et environ 56 000 participants, dont des représentants de gouvernements, de la société civile, du secteur privé et des médias.

Mise à jour de l’article : 18 décembre 2025

Auteur de l'article

  • sophie

    Sophie est passionnée par les questions environnementales et les solutions pour construire un avenir plus durable. Avec VacheVerte.fr, elle partager des idées, des réflexions et des conseils pratiques pour adopter un mode de vie plus respectueux de la planète.