Clinton Climate Initiative : bilan d’une ambition climatique mondiale

Les villes concentrent plus de 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Partant de ce constat, Bill Clinton a lancé en 2006 la Clinton Climate Initiative (CCI), un programme ambitieux visant à transformer l’approche climatique des métropoles. Deux décennies plus tard, le bilan mérite un regard honnête : des avancées réelles, une fusion avec le réseau C40 Cities, mais aussi un déclin marqué à partir de 2016.

Qu’est-ce que la Clinton Climate Initiative ?

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La CCI est née en janvier 2006 d’un partenariat entre la Fondation Clinton et le Large Cities Climate Leadership Group, un réseau de grandes métropoles engagées contre le réchauffement climatique. L’idée de départ est pragmatique : si les villes sont le problème, elles doivent aussi être la solution.

Lors du lancement, Bill Clinton résumait l’approche : « Climate change is a global problem that requires local action. The businesses, banks, and cities partnering with my foundation are addressing the issue of global warming because it’s the right thing to do, but also because it’s good for their bottom line. » (Buildings.com, 2007)

Le programme s’articulait autour de trois objectifs :

  • Aider les grandes villes à réduire leur consommation d’énergie et développer des sources d’énergie propre
  • Créer des programmes solaires à grande échelle et de capture du carbone pour les centrales fossiles
  • Réduire la déforestation mondiale

Ira Magaziner, ancien conseiller de Clinton à la Maison Blanche, a piloté le programme. Dès août 2006, 22 métropoles rejoignaient le consortium : Chicago, Los Angeles, Londres, Mexico, entre autres. Le premier projet concret ? Un groupement d’achats permettant aux villes membres de négocier des prix réduits sur les équipements d’efficacité énergétique.

Les résultats concrets (2006-2011)

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Les premières années ont produit des résultats tangibles, portés par un mécanisme financier innovant. En 2007, cinq grandes banques (JPMorgan Chase, UBS, Deutsche Bank, entre autres) ont constitué un fonds d’un milliard de dollars destiné à financer la rénovation énergétique des bâtiments municipaux. Le principe : les villes remboursent grâce aux économies d’énergie réalisées après les travaux.

Les réalisations vérifiées entre 2006 et 2011 incluent :

  • 2,5 millions d’ampoules LED distribuées en Europe (2007)
  • 130 000 lampadaires remplacés par des LED à Los Angeles (2009-2013)
  • 250 programmes de rénovation énergétique lancés dans 20 villes (bilan 2009)
  • 16 projets pilotes de quartiers « climat positif » sur six continents, via le Climate Positive Development Program (lancé en 2009 avec le U.S. Green Building Council)

Le maire de Londres Ken Livingstone saluait cette dynamique : « The C40 brings together the world’s most significant cities to tackle climate change. This first program to come out of our partnership with the Clinton Climate Initiative is a considerable breakthrough. » (Buildings.com, 2007)

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Ces chiffres, bien que significatifs, restent modestes au regard de l’ambition affichée. Le CCI n’a jamais eu les moyens d’une agence internationale : son budget atteignait 8,3 millions de dollars en 2014, soit seulement 4 % des dépenses totales de la Fondation Clinton (Inside Climate News, 2016).

La fusion avec C40 Cities

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En 2011, un tournant majeur : le programme Cities du CCI fusionne officiellement avec le réseau C40 Cities, sous l’impulsion de Bill Clinton et de Michael Bloomberg, alors maire de New York et président du C40.

Bloomberg justifiait le rapprochement en termes concrets : « Mayors are responsible for coming up with pragmatic solutions and implementing them effectively. By bringing together cities and partnering with the private sector, President Clinton and the Clinton Foundation are providing the tools to help cities accomplish our goals. » (Buildings.com, 2007)

L’organisation combinée disposait d’un budget d’environ 15 millions de dollars, d’un effectif de 70 personnes et de bureaux à New York, Los Angeles et Londres. Pour le CCI, cette fusion représentait à la fois une consécration et une dissolution : son programme phare (les villes) passait sous la bannière C40, qui poursuivrait seul cette mission.

Aujourd’hui, le C40 regroupe près de 100 mégapoles représentant plus de 700 millions d’habitants. L’héritage du CCI vit à travers ce réseau, même si peu de gens font encore le lien entre les deux. La réduction des émissions de CO2 à l’échelle mondiale reste un défi colossal, mais l’approche par les villes initiée par le CCI a fait école.

Le programme insulaire : la transition énergétique des îles

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Après la fusion du volet urbain avec C40, le CCI a recentré son action sur un créneau où son impact était le plus mesurable : les petits États insulaires. Ces territoires cumulent deux vulnérabilités, une dépendance quasi totale au diesel importé (avec des coûts énergétiques atteignant 500 % de la moyenne américaine) et une exposition directe à la montée des eaux.

Le programme Islands Energy, lancé en 2012, a accompagné 25 nations insulaires sur trois continents (Caraïbes, océan Indien, Pacifique). Les résultats vérifiés :

Indicateur Résultat
Capacité d’énergie propre développée 70+ MW
Réduction d’émissions de CO2 93 000 tonnes
Investissements mobilisés 142 millions de dollars
Énergie propre générée annuellement 63 000 MWh
Nations insulaires partenaires 25

La Dominique illustre bien cette approche : grâce à l’exploitation de ses ressources géothermiques, l’île vise une réduction de 94 % de sa facture annuelle de diesel. Un modèle qui intéresse de nombreuses îles confrontées à la destruction de leur biodiversité par le changement climatique.

Le déclin du CCI et la relance du CGI

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L’histoire du CCI est indissociable du contexte politique américain. En 2016, la candidature d’Hillary Clinton à la présidence a provoqué un séisme au sein de la Fondation. Pour éviter les conflits d’intérêts, Bill Clinton a annoncé la fin des dons étrangers et des contributions d’entreprises.

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Les conséquences ont été lourdes pour les programmes climat. La Norvège finançait le projet insulaire à hauteur de 5 millions de dollars. L’Australie investissait 9 millions dans un système de données sur la déforestation au Kenya. Au total, les gouvernements étrangers contribuaient entre 21 et 55 millions de dollars pour les travaux forestiers. Ces financements se sont taris.

La Clinton Global Initiative (CGI), la plateforme annuelle de la Fondation où se prenaient les engagements climat, a tenu sa dernière réunion en 2016 avant de suspendre ses activités.

Il faudra attendre 2022 pour que la CGI soit relancée. Depuis, elle a repris son rôle de catalyseur d’engagements. En 2024, 175 nouveaux « Commitments to Action » ont été annoncés (tous domaines confondus, pas uniquement le climat). En 2025, 106 de plus. Au total depuis sa création, la CGI revendique plus de 4 200 engagements ayant touché 500 millions de personnes dans 180 pays.

La résilience climatique figure parmi les priorités affichées de la CGI relancée, aux côtés de la santé et de l’inclusion économique. Mais le CCI en tant que programme dédié au climat n’a jamais retrouvé son envergure d’avant 2016. Les enseignements des négociations climatiques internationales montrent que ce type d’initiative privée reste fragile face aux aléas politiques.

FAQ

La Clinton Climate Initiative existe-t-elle encore ?

Le CCI existe toujours comme programme de la Fondation Clinton, mais dans une version très réduite centrée sur les îles et l’énergie propre. Son volet urbain a fusionné avec C40 Cities en 2011, et ses financements ont chuté à partir de 2016. La Clinton Global Initiative (CGI), relancée en 2022, reprend partiellement le flambeau climatique.

Quelle différence entre CCI, CGI et C40 ?

Le CCI (Clinton Climate Initiative) était le programme opérationnel dédié au climat. Le CGI (Clinton Global Initiative) est une plateforme de commitments multi-thématiques. Le C40 Cities est un réseau indépendant de mégapoles, qui a absorbé le volet urbain du CCI en 2011. Les trois sont souvent confondus à tort.

Quels sont les résultats chiffrés du CCI ?

Les résultats vérifiés incluent 250 programmes de rénovation dans 20 villes, 2,5 millions de LED distribuées en Europe, 130 000 lampadaires remplacés à Los Angeles, et via le programme insulaire, 70 MW d’énergie propre, 93 000 tonnes de CO2 évitées et 142 millions de dollars d’investissements mobilisés sur 25 nations insulaires.

Pourquoi le CCI a-t-il décliné ?

La candidature d’Hillary Clinton en 2016 a contraint la Fondation à cesser d’accepter les dons étrangers et d’entreprises pour éviter les conflits d’intérêts. Or les gouvernements étrangers (Norvège, Australie, Allemagne) finançaient une part importante des programmes climat. Le CGI a été suspendu de 2017 à 2022.

Mise à jour de l’article : 23 février 2026

Auteur de l'article

  • sophie

    Sophie est passionnée par les questions environnementales et les solutions pour construire un avenir plus durable. Avec VacheVerte.fr, elle partager des idées, des réflexions et des conseils pratiques pour adopter un mode de vie plus respectueux de la planète.